- Je souhaiterais avoir votre éclairage symbolique sur le mythe de Narcisse. L’avez-vous traité dans vos recherches ?

Le mythe de Narcisse semble relativement tardif et je n’ai trouvé aucun élément qui puisse l’intégrer dans l’architecture générale de la mythologie, surtout en ce qui concerne les filiations. Je ne l’ai donc pas inclus dans mon étude.Nous n’avons que le récit d’Ovide dans les Métamorphoses pour nous en faire une idée. Si nous supposons qu’Ovide était un initié (ce que je crois) et qu’il employait les mêmes clefs de cryptage que les anciens (ce qui reste à démontrer), voici quelques éléments qui peuvent faciliter l’interprétation.Le père de Narcisse, le fleuve Céphise, peut indiquer le développement du mental (intellect ou mental supérieur). Sa mère, la très belle nymphe Liriope « aux cheveux d’azur », exprime le développement d’une belle intuition (nom qui est peut-être en rapport avec le lys et la vision, et exprimerait alors « une vision pure »). Ovide semble dire qu’elle fut violentée par le fleuve, ce qui indiquerait un travail en force (vers les hauteurs de l’esprit). Le nom Narcisse lui-même est en rapport avec « l’engourdissement », la « torpeur ». Le devin Tirésias lui prédit une longue vie « s’il ne se connaissait pas », c’est-à-dire s’il ne réalisait pas qu’il était un « endormi » et qu’il lui fallait « s’éveiller ».Narcisse éveille le désir chez beaucoup de jeunes filles et de jeunes hommes mais n’y répond pas : il reste « endormi » et ne réagit pas aux sollicitations extérieures : sa grande beauté cachait un orgueil si dur qu’il ne pouvait être touché. La nymphe « Écho » tomba elle aussi amoureuse. Si l’on applique les clefs de cryptage utilisées par les anciens avec le sens caché dans les consonnes, son nom indiquerait « la concentration » (comme dans Chaos) ou encore « la suppression », « l’arrêt » (comme dans Echidna). Elle appelle donc le chercheur soit à la concentration, soit à la suppression de l’ego, mais celui-ci n’est préoccupé que de lui-même, totalement sous l'emprise de sa nature endormie et illusoire, même s'il lui arrive d'en prendre conscience (il comprend qu'il est amoureux de son image).La nymphe Écho fut d’abord punie par Héra parce qu’elle favorisait les amours de Zeus, c’est-à-dire le processus d’extension de la conscience. La déesse la priva de la capacité de se faire entendre, sauf par une brève répétition des derniers mots prononcés. Puis rejetée par Narcisse, elle perdit son corps et ne devint finalement qu’une voix dans les profondeurs de l’être, un appel que le chercheur, centré sur lui-même, ne peut plus entendre.

 - Le symbolisme de Dionysos ne semble-t-il pas plus près de l’extase que de la voie ensoleillée ?

Une première approche de Dionysos avec ses Bacchantes pourraient encourager à l’identifier à l’extase mystique avec ses débordements, peut-être même à certaines formes de transes. Toutefois, il est alors difficile de comprendre comment une importance grandissante lui fut donnée au cours des siècles, sachant que les phénomènes « délirants » semblent avoir toujours suscité beaucoup de méfiance autant chez les contemplatifs que dans les traditions spirituelles diverses. Il est toutefois possible de considérer que Dionysos fut associé à des expériences différentes selon les époques.  

Il a été identifié dans cet ouvrage à « la voie ensoleillée », source d’une joie calme et non délirante (liée ou non à une ouverture psychique, bien qu’il ne soit nullement en rapport avec Léto, Apollon ou Artémis). Les raisons en faveur de ce choix reposent sur plusieurs éléments :

- Homère ne semble pas le considérer comme un dieu. Il semble être chez cet auteur le symbole d’une voie, d’un travail ou d’une attitude particulière.

- Il se situe dans la lignée de Cadmos et d’Harmonie, voie de « l’exactitude » par la purification de l’être extérieur.

- Il est fils de Sémélé « la soumission juste ».

- Il est mis en balance avec Penthée, lequel caractérise la voie spirituelle qui s’appuie sur la souffrance. En tout état de cause, il représente un chercheur qui est dans une très grande intimité avec le supraconscient divin mais qui se brûle les ailes en exigeant toujours plus de proximité. Toutefois, une fois le chercheur ramené à sa place (la mort de Sémélé), il reste une joie qui peut parfois être débordante. Il représente donc ce qui demeure lorsque le chercheur a renoncé à « tirer » à lui les forces divines et s’abandonne entre les mains de la Suprême Réalité, une voie de consécration joyeuse.

- Dans le chapitre IV du tome 1, le « conscient » est attribué à Zeus. Toutefois, son action dans l’homme semble le plus souvent inconsciente ?

(Après la victoire sur les Titans, les trois fils de Cronos se partagèrent le monde, étant entendu qu’ils garderaient en commun la terre et l’Olympe. Zeus obtint le ciel, Poséidon la mer et Hadès, le . monde souterrain.Les royaumes de la conscience furent ainsi répartis entre les trois frères : à Zeus revint le monde conscient. Hadès reçut en partage les royaumes de l’inconscience, en rapport avec le corps et ses mémoires archaïques. Entre les deux, le domaine du subconscient mental-vital, c'est-à-dire le monde des émotions et des impulsions du vital mentalisé, échut à Poséidon.)

Effectivement, Zeus, comme tous les dieux, appartient davantage au supraconscient qu’au conscient pour les chercheurs ordinaires. Durant la guerre de Troie, les dieux et les héros sont presque sur un pied d’égalité, signe que le chercheur aborde les plans du surmental et que les forces représentées par les dieux lui deviennent conscientes. Toutefois, les notions de surmental, supraconscient et supramental étant développées par la suite, il a semblé nécessaire de simplifier dans ce chapitre.   

Propulsé par Viaduc www.lemythographe.fr - Tous droits réservés
Ce site est propulsé par Viaduc