Après avoir exposé dans le premier tome les clefs de décryptage et la structure générale de la mythologie, l’auteur présente en introduction à ce deuxième tome la structure de la conscience. Celle-ci n’est ni arbitraire ni imaginaire mais résulte de l’expérience de nombreux mystiques de tous les temps. En effet, cette connaissance constitue une base indispensable pour rapprocher les mythes des différentes catégories d’expériences et de réalisations.

Une ignorance de cette structure et des voies qui en découlent peuvent conduire à s’égarer sur des voies de garage ou à prendre des expériences modestes pour des réalisations ultimes, si tant est que de tels errements ne soient pas aussi une nécessité pour l’évolution de ceux qui les vivent. Car tous ces plans ne sont pas seulement des expériences subjectives mais bien des domaines de la conscience peuplés d’êtres, d’entités et de hiérarchies qui évoluent selon leurs lois et leurs rythmes propres.

Dans cette introduction, sont précisées des notions telles que l’ego, le Soi, l’être psychique, le conscient, le subconscient, l’inconscient, le nescient et le supraconscient, ainsi que la différence entre les expériences et les réalisations.

Le Soi est la partie individualisée du Divin et pourtant impersonnelle (sans conscience d’ego) qui d’au dessus soutient l’être individuel en étroite liaison avec son délégué dans l’incarnation, l’âme, qui développe autour d’elle l’être psychique…

L’ego - ou plutôt conscience d’ego car il s’agit d’une déformation de la conscience - est une représentation erronée de nous-mêmes à laquelle nous accordons à tort une certaine unité et cohérence. Il résulte de la perception, du sentiment et même de la sensation de nous-mêmes comme d’un être séparé, distinct des autres êtres et du reste du monde, auquel nous nous identifions. Il imprègne non seulement le mental mais aussi le vital et le corps. D’où une identification avec nos habitudes, nos modes de pensée usuels, et de manière générale, tout ce qui nous donne le sentiment d’une permanence. Cette conscience, se percevant non seulement comme un centre séparé, mais aussi comme « le » centre, ramène tout à elle-même. Elle se projette constamment à l’extérieur pour situer le « moi » par rapport au « non-moi ». Ou encore, elle nous projette dans une fausse image de nous-mêmes. En fait, il faut distinguer entre le mouvement juste et sa déformation. Car l’ego est la déformation d’une volonté juste d’existence séparée tout comme le désir est une déformation d’une volonté juste de posséder. Mais cette volonté séparatrice aurait dû rester dans le cadre de la subordination à l’Absolu et non assumer cette séparation de son propre droit.

Nous pénétrons alors sur le sentier spirituel avec l’exposé des mythes qui permettent d’avoir une claire vision, si ce n’est des buts, du moins de la nécessaire progression dans les plans de conscience et du processus de purification qui conduit vers « l’exactitude » et la « libération ». Ainsi, le développement du mental logique permet de vaincre l’illusion : la Chimère sera tuée par le fils de Sisyphe, Bellérophon. Le mythe de Sisyphe hissant laborieusement son rocher explique que l'effort, longtemps indispensable sur le chemin, devient inutile lorsque l'on aborde le travail dans le corps.

Les bases théoriques de la purification sont explicitées avec les six premiers travaux d’Héraclès :

- La mort du Lion de Némée affirme comme objectif ultime la libération de l’ego (qui est volonté d’affirmation de soi)

- La victoire sur l’Hydre de Lerne concerne la libération du désir dont la racine est la convoitise vitale provenant d’une déformation de l’énergie de vie due à l’ignorance et à l’arrêt de l’évolution dans l’union. Avec cette double libération cesse la souffrance psychologique. Les quatre travaux suivants précisent certaines modalités ou nécessités de cette libération de l’esprit :

- avec la Biche de Cérynie, une aspiration et une purification de l’intuition de ce qui la parasite, en vue de l’intégrité et de la consécration.

- avec le Sanglier d’Érymanthe, le nécessaire rejet des impulsions et mouvements les plus grossiers de notre nature.

- avec le nettoyage des Écuries d’Augias, le renoncement aux « bénéfices » des premières expériences sur le chemin.

- enfin, avec les Oiseaux du lac Stymphale, la capacité de discerner la confusion des plans (mental et vital), l’obtention d’une relative maîtrise de nos mouvements mentaux et l'établissement en conséquence d'une certaine paix.

 

Puis les premiers enfants d’Éole, dans la lignée duquel se situent les expériences correspondant à l’ascension des plans de conscience, nous conduisent pas à pas jusqu’à la première grande expérience de contact avec l’Absolu telle qu’elle est contée dans la quête de la Toison d’or. A travers l’étude de ce dernier mythe rapporté par Apollonios de Rhodes, nous parcourons avec Jason et les argonautes les étapes préliminaires du chemin : la quête des formes spirituelles exotiques, la rencontre du Maître ou de la Voie, les mémoires karmiques, etc.

 « Puis les héros arrivèrent comme l’avait prévu Héra aux abords de Charybde et Scylla, au « carrefour des routes de la mer ». Thétis et ses sœurs les Néréides arrivèrent de toute part pour porter assistance aux héros. Évitant les lieux maudits, elles orientèrent le navire vers les Planctes, et jouant avec le navire comme avec une balle qu’elles se seraient renvoyée, lui firent traverser sans risque le passage dangereux ».  

À ce moment du chemin, tous les éléments sont en place pour que se produise une terrible épreuve psychique, de type schizoïde ou maniaco-dépressive (Charybde et Scylla). Mais dans cette phase, le chercheur en est protégé et n’en a qu’un avant-goût qui peut passer presque inaperçu dans le courant de la vie.

Comme le chemin spirituel est un mouvement spiralé dans lequel on passe à travers les mêmes séries d’expériences mais à chaque fois sur un plan plus élevé, c’est Ulysse qui, beaucoup plus tard, affrontera les deux monstres Charybde et Scylla.

« Puis les héros furent « terrifiés par une espèce de nuit qu’on qualifie de sépulcrale : cette nuit sinistre, ni les étoiles ne la perçaient, ni la clarté de la lune. Ce n’était qu’une noire béance émanée du ciel ou bien je ne sais quelles ténèbres surgies du plus profond des abîmes. » Jason invoqua alors Apollon. Dans son angoisse, ses larmes ruisselaient. Le dieu l’entendit et brandit son arc qui alluma tout alentour une éblouissante clarté. Une petite île escarpée apparut qu’ils appelèrent Anaphé, l’Île de l’Apparition. »

Cette expérience de la « nuit sépulcrale » et de « l’éblouissante clarté » qui lui succède constituent les expériences les plus marquantes que peut vivre un chercheur lors de cette première grande expérience d’illumination. 

A ce stade, le chercheur a réalisé une certaine ouverture de conscience, représentée par Europe dont le nom signifie « une vision étendue ». Mais tant il est vrai que toute ascension entraîne automatiquement une descente dans les plans de la nature extérieure pour purifier le plan correspondant, le chercheur est averti des dangers encourus à se fourvoyer dans la terrible impasse du Minotaure. Car cette épreuve semble une conséquence presque inéluctable des premières grandes expériences. Le Minotaure est en effet le fruit d’une expérience de l’âme allié à une puissante capacité de réalisation : l’union de Pasiphaé, fille du soleil, avec le taureau envoyé par Poséidon. Par deux fois, le chercheur fait appel à "l'habileté dans les oeuvres" (Dédale) : une première fois pour « lier » sa puissance de réalisation à son expérience spirituelle (l’union de Pasiphaé et du taureau), une seconde fois pour consolider le fruit de l’union par une forteresse mentale dont on ne peut s’échapper. 

« Dédale construisit alors un immense labyrinthe-palais pour héberger le Minotaure. C’était une demeure aux détours tortueux. Il avait la particularité que nul ne pouvait retrouver la sortie une fois qu’il y était entré. »

Le chercheur se leurre lui-même car Dédale n’est pas le représentant d’une puissance pervertie en elle-même mais celui d’un outil qui se met au service de la force pervertie. Il excelle simplement à construire des « systèmes » qui trouvent en eux même leur propre justification et finalité. La seule erreur initiale réside dans le fait que le taureau n’a pas été sacrifié par manque de purification de l’intelligence discernante.

Pour mettre fin à l’erreur du Minotaure, il faudra attendre l’intervention de Thésée « la conscience agissant depuis l’intérieur », fils d’Aéthra « la clarté mentale ». Il appartient à la lignée des rois d’Athènes qui dirigent la croissance de l’être intérieur.

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